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Maroc

Imane

« Toutes celles qui tolèrent le machisme sont complices »

Mon Macho Mouchkil, c’est mon ex-mari.

Je me suis mariée assez rapidement avec lui. Quelques mois après notre rencontre, il s’est vite empressé d’aller demander ma main à ma famille pour s’imposer dans ma vie.

La pression a commencé après le mariage. Sa première bête noire était mon travail, par jalousie et manque de confiance en lui sans doute. J’étais assistante du cabinet du Premier ministre et j’allais au travail bien dans ma peau, tirée à quatre épingles. Pour lui, ça représentait un danger.  A chaque fois que j’allais au travail, il choisissait mes vêtements, vérifiait que je portais bien une culotte. Pour lui, une fille qui porte ce qu’elle veut, et surtout un string, c’est une pute, et c’est tout. Il a essayé de détruire tout ce que j’étais. Si je mets des strings depuis que j’ai 15 ans, tu ne peux pas m’empêcher d’être ce que je suis, mes parents sont libéraux, j’ai grandi comme ça !

J’ai découvert un véritable psychopathe. Il est allé jusqu’à m’obliger de porter une caméra au travail pour me surveiller à distance et vérifier ce que je faisais, avec qui je parlais, à qui je faisais la bise… Avec interdiction de couper la caméra, bien sûr. Ce que je faisais évidemment dès que je pouvais, parce que j’avais très peur de perdre mon travail. Je n’étais plus la femme épanouie que j’étais, mais une femme mal dans sa peau. Terrorisée, au travail comme à la maison. J’ai fini par quitter mon travail pour l’aider dans sa boite de production. C’était un enfer.

C’est mon corps qui a dit stop pour moi. Un jour, pendant un casting à Casablanca, j’ai eu un malaise. Je me sentais physiquement et moralement très faible : chute de tension, souffle coupé, battements de cœur. Je lui ai dit que j’avais besoin de voir un médecin. Il m’a dit que c’était un caprice et que je devais assurer le casting. Et qu’il fallait en plus que je prépare un couscous pour le producteur d’un film et son acteur ce soir. Cette exploitation m’a amenée à saturation. Il est parti en posant l’ordinateur sur mes genoux. J’ai pensé à la nuit qui m’attendait à préparer un couscous pour des connards. J’ai récupéré mes sous, que j’avais cachés dans mes chaussettes, c’est dire… et je suis partie. J’ai pris un taxi pour la gare. Dans le train pour Rabat, je suis tombée dans les pommes. Je me suis réveillée à l’hôpital. Le médecin m’a demandé : « Mais où étiez-vous pour être dans cet état ? » Ça été le déclic. Mes parents ont aussi réalisé tout ce que je vivais. Après une hospitalisation de trois jours,  mon père m’a aidée pour les procédures de divorce.

Quand il a signé, il a osé m’accuser de l’avoir abandonné. Je recevais des messages d’insultes et des choses comme « regarde ton âge, qui voudrait de toi ? » J’ai eu besoin de neuf mois pour m’en remettre, et encore, je ne suis pas totalement remise de cette histoire. J’ai passé plus de six mois au lit. J’étais sous antidépresseurs et tous mes muscles étaient tendus, je n’arrivais pas à me décrisper.

Ça fait deux mois seulement que je recommence à sortir.

Même avec l’aide d’un psychologue, de ma famille et de mes amis, je culpabilise encore d’être tombée dans cette histoire qui m’a détruite. Aujourd’hui encore je me demande pourquoi j’ai attendu si longtemps. J’ai participé à ce suicide. Je suis la première responsable. Si le machisme est sadique, celle qui l’accepte ou l’excuse est complice !  Celles qui acceptent sont aussi coupables. Les idiots n’ont pas conscience de tout ! Qui est conscient là-dedans ? L’autre. Il ne faut pas laisser faire ça.