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Centre social de Clichy-sous-Bois

Nadia

« On parle assez peu des hommes tributaires du choix de leur mère. »

Dans la religion musulmane, on doit se marier entre musulmans. On pense souvent qu’on oblige uniquement les femmes à se marier avec des musulmans mais en fin de compte, c’est aussi le cas pour les hommes.  J’ai un frère plus grand que moi, et deux qui sont plus petits que moi. Mes trois frères se sont finalement mariés avec des Françaises non-musulmanes. Mais ça été très dur pour eux. Surtout pour l’aîné.

Avant qu’il se mette avec Patricia, il a fallu convaincre ma mère ! Et, pour mes trois frères, c’est moi qui ai fait le lien entre mes belles-sœurs et ma mère. J’ai commencé à tâter le terrain : « Que penserais-tu s’il se marie avec une Française, non-musulmane ? » Elle me répondait : « Jamais de la vie ! Moi tout ce que je demande, c’est des Algériennes, et des musulmanes. Rien d’autre ». Puis un jour, je lui ai annoncé : « Bon, maman, j’ai quelque chose à te dire : Karim a une petite copine mais je crois que tu vas avoir un petit souci… C’est une Française non musulmane. » On aurait dit que toute la misère du monde lui était tombée dessus. Elle s’est mise à pleurer en se disant que ce serait forcément une chrétienne, et qu’ils n’auraient pas la même religion, pas la même façon de penser que nous, pas la même façon de faire à manger, etc. J’ai essayé de la calmer, en lui proposant d’abord de la rencontrer ensemble avant de juger. Mais elle restait très fermée. Mon frère, de son côté, me demandait dès qu’il passait à la maison : « Alors, est-ce que tu as essayé de parler à maman ? » Et moi, je le prévenais… « Attends un peu avant de la présenter, là c’est encore un peu chaud… » Et un jour, je l’ai enfin convaincue de faire un repas de famille tous ensemble, avec elle, mes frères, ma mère et moi, et elle s’est finalement détendue.

Elles ont discuté ensemble, et ça s’est très bien passé. Elle a finalement dit : « Tu fais ce que tu veux. Mais je ne dis qu’une chose : « aujourd’hui, c’est toi qui l’a choisie, vous vous êtes choisis. Demain, s’il y a quoi que ce soit, ce n’est pas la peine de venir me voir ». Et du coup, hop ! Ça s’est fait, il s’est marié avec Patricia.

Aujourd’hui, maintenant que de l’eau a coulé sous les ponts, elle est très fière de dire que ses belles-filles sont françaises ! Et elles s’occupent très bien de ma mère qui est âgée. Elles l’aident à faire les courses, le ménage… Moi, finalement j’ai épousé un musulman, j’ai été heureuse, mais nous avons fini par divorcer. Alors que mes frères sont avec leurs femmes depuis 20 ans. Ça ne veut rien dire ! L’important, c’est ce qu’on ressent, ce qu’il se passe entre les deux personnes qui sont ensemble.

Personne ne peut prédire l’avenir ! L’important, c’est d’être heureux dans ses choix. Ils ont fait leur choix, et moi, j’ai fait mon choix. Et ça, personne ne peut le décider à ta place.

Ma mère n’aurait pas imaginé ça il y a vingt ans. Et je sais que si je n’avais pas été là pour pousser ma mère a essayer d’accepter ma belle-sœur, ils ne se seraient jamais mariés, ou ils seraient restés fâchés à vie avec ma mère, sans essayer de se comprendre.

Il ne faut pas croire ce que l’on nous montre ou qu’on entend, il faut le voir de ses propres yeux. On parle souvent des femmes soumises au choix de leur père, mais assez peu des hommes, aussi parfois tributaires du choix de leur mère.