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France

Jessica

« La moitié de la planète a ses règles, il est temps que le tabou cesse ! »

Moi je voulais parler des règles. Du regard masculin qui est porté sur les règles, mais aussi du regard des femmes.

J’ai été élevée par ma grand-mère qui m’a toujours dit de ne pas laisser trainer mes culottes, et encore moins les boites de mes protections hygiéniques, parce que les règles c’est très sale, et qu’il faut surtout les cacher. J’ai un peu grandi dans cet univers. A chaque fois que mes culottes étaient sales, il fallait que je les lave à la main séparément. Ma mère refusait que je les étendent dans la cour du jardin, parce qu’on pouvait potentiellement les voir. J’étais donc réduite à les cacher, et à me cacher d’avoir mes règles, en étendant mes culottes dans ma chambre. J’ai discuté de ça il n’y a pas très longtemps avec ma mère, à 30 ans, et elle pense aussi que les règles sont très sales.

C’est une honte qu’on se doive de cacher nos règles, alors que ça concerne plus de la moitié de la population tous les mois. On est majoritaire, et c’est quand même dingue que ce sujet quotidien soit tabou. Si les hommes avaient leurs règles, les choses auraient été très différentes, j’en suis sûre. Ça n’aurait pas été aussi tabou.

Et puis on n’est aussi caricaturée sur le fait de se plaindre. Mais il faut le dire, moi quand j’ai mes règles, oui, j’ai mal au ventre, je suis de mauvaise humeur le premier jour, et ce n’est pas forcément facile. C’est naturel, mas ce n’est pas quelque chose qui est forcément reconnu. On en parle pas trop, et peu d’hommes s’y intéressent puisque, de fait, ça ne les concerne pas.

Je suis sûre que si les hommes avaient eu leurs règles, ça n’aurait pas du tout été pareil. Je pense qu’il y aurait même un jour de congé mensuel à cet effet, « pour jour de règles », qu’il y aurait des distributeurs de tampons et de serviettes hygiéniques partout.Nos problèmes quotidiens ont très peu d’importance au fond dans notre société. On s’occupe du cancer du sein, du cancer de l’utérus depuis un petit moment, mais je trouve qu’il faudrait déjà commencer par parler des règles qui ont toujours existé. On parle très peu du syndrome du choc toxique par exemple. C’est très récent, et moi, j’ai mes règles depuis 15 ans et je l’ignorais. C’est naturel, ce n’est pas sale, il n’y a donc aucune raison de le cacher. C’est une charge financière et physique, il ne faut plus qu’elle soit aussi morale.

Et C’est quand même fou qu’il ait fallu se battre pour que la taxe TVA sur les tampons passent de 20 à 5 % et soit considéré comme un produit de première nécessité. Alors que c’est un produit aussi primordial que le dentifrice, voir bien plus. Pour les femmes, ça représente un budget énorme.

Avec ma mère, j’ai senti qu’on n’étaient pas sur la même longueur d’ondes sur le sujet. Je lui exposais que j’aimerais que les hommes soient plus sensibilisés sur les règles pour que, au travail, je ne sois pas amenée à cacher mon tampon dans ma botte ou dans ma manche pour aller du bureau aux toilettes. J’aimerais pouvoir aller au toilettes, mon tampax à la main, sans avoir à ressentir de la gêne ou de la honte. J’ai 30 ans, je ne suis pas gênée par mes règles, j’ose en parler, mais la société me dit d’avoir honte. Et ça, à mon sens, ce n’est vraiment pas normal. Et quand je dis ça à ma mère, qui à 60 ans, elle n’est pas du d’accord. Les choses ont un peu évolué pour notre génération, mais pas suffisamment.