Description du projet

Voir tous les portraits

Centre social de Clichy-sous-Bois

Maria

« En France, la loi et l’État ne protègent pas assez les femmes »

J’ai vécu l’enfer en étant avec quelqu’un qui était alcoolique et violent, avec moi et mes enfants.

Dès le début, il était agressif. Il buvait tout le temps : il était saoul à la maison, et saoul au boulot. Il faisait plein de conneries, et il traitait mal tout le monde : son patron, les policiers, les voisins, tout le monde. Et quand il était saoul, c’était impossible de le raisonner. Il me reprochait tout et inventait de faux prétextes : que j’avais des amants, que je flirtais avec son patron ou ses collègues de travail… alors que je ne les connaissais même pas ! Il cassait tout à la maison. Il me tapait avec tout ce qui lui tombait sous la main. Il m’a battue comme ça pendant quinze ans.

C’était très dur. J’ai porté plainte plusieurs fois, mais ça n’a rien donné. La police lui interdisait le domicile. Et lui, il revenait à la charge de plus belle, en cassant la porte. Il a cassé la porte plusieurs fois. J’ai fini par préférer ouvrir la porte quand il venait plutôt qu’elle soit cassée, ou qu’autre chose de plus grave se passe.

Un jour, c’est allé trop loin. Il m’a jeté une casserole d’eau chaude au visage. J’ai passé plusieurs semaines à l’hôpital avec des bandages.

Une semaine après mon retour, il s’est suicidé. Il s’est pendu chez moi, et c’est moi qui l’ai retrouvé, un soir en rentrant. C’était un choc pour mes enfants et moi. A 38 ans, je me suis retrouvée à devoir élever seule mes enfants, sans travail. C’était très dur. J’ai fait une dépression nerveuse après son suicide. A cause de la violence que j’avais endurée, et de la violence du suicide. C’était terrible.

Mais j’étais aussi soulagée parce que j’avais vécu un véritable enfer avec lui.

Je vais beaucoup mieux depuis qu’il n’est plus là.

Mes enfants aussi en ont souffert. Avec mon fils, nous avons été en froid pendant au moins deux ans à cause de tout ça. Il ne voulait plus me voir ni me parler, car il disait que je n’avais jamais rien fait pour les protéger de sa violence et l’empêcher. Je lui ai écrit, en lui expliquant à quel point cela avait été difficile et douloureux d’être impuissante, et depuis, nous nous sommes réconciliés.

Aujourd’hui, cela fait 24 ans qu’il est mort, et c’est toujours aussi dur d’en parler. Même si je n’y pense pas en permanence, c’est impossible à effacer, je vis avec.

J’ai eu peur pendant des années et 24 ans après, je vis toujours seule, et j’ai toujours peur. Je n’arrive toujours pas à refaire ma vie. J’ai peur de tomber sur quelqu’un de violent et qu’il m’arrive les mêmes choses. Je ne fais plus confiance aux hommes, même si je sais qu’ils ne sont pas tous pareil.

Pour celles qui vivent la même chose, je voudrais dire qu’il faut partir tout de suite. Il ne faut pas attendre et se laisser faire. Si j’avais su que je pouvais trouver un travail et un logement seule avec mes enfants, je serai partie.

Aujourd’hui je regrette beaucoup de ne pas avoir fait cela. Mais je n’avais pas de travail, je ne savais pas où aller avec mes enfants. Et la loi et l’État en France ne protègent pas suffisamment les femmes.