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Maroc

Souleyman

« Si tu n’es pas un macho, tu es un homme mort ici »

Au lycée, il y avait un garçon efféminé qui se faisait harceler tout le temps par tout le monde. Il vivait vraiment l’enfer. Il essayait tout le temps de refouler son homosexualité.

Mais un beau jour, il a déclaré clairement qu’il était homosexuel, et en plus qu’il était amoureux d’un garçon. Ce type l’a évidemment très mal pris, et a rassemblé plein d’autres garçons dans la cour pour le tabasser à mort quand il sortirait de cours. Quand il a vu qu’une trentaine de personnes l’attendait dehors en criant son nom, il a pris peur et a refusé de quitter la classe, jusqu’à ce que la surveillante demande au groupe de partir. Mais quand il est sorti, tout le monde s’est rué sur lui. J’étais sous le choc. Il s’est réfugié dans les toilettes, et ils essayaient vraiment de casser la porte des toilettes pour le massacrer.

Je n’avais jamais vu autant de barbarie. Il a eu de la chance que la porte soit solide, car je pense qu’ils l’auraient tué. Le pire c’est que tu ne peux rien faire. Tous ceux qui le défendent subissent le même sort. Ceux qui ne prennent pas part à la bataille sont déjà remarqués. Je sais qu’ici quasiment tout le monde est homophobe, mais il a eu l’audace de déclarer sa flamme… Comment peut-on avoir envie de tuer quelqu’un pour cela ?

Des gens de la direction ont fini par réagir. Mais ils n’étaient pas compatissants, juste inquiets de ce qu’il arriverait s’ils étaient responsables de sa mort… Car sinon, même la direction se moquait de lui et le rabaissait. Ils lui demandaient d’être moins efféminé, d’être plus viril, de s’imposer en tant qu’homme… « Rajola ! », disent-ils en arabe marocain…

Après cette histoire il est parti loin d’ici, je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles. J’ai eu beaucoup de peine de voir toutes ces années comment il avait été traité, comme il avait peur, comme il ne se sentait pas à l’aise.