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Maroc

Hakim

« L’espace public appartient

autant aux femmes qu’aux hommes »

Un jour, j’étais dans un bus qui allait à la faculté. J’avais 19 ans.

Le bus était quasiment vide, il n’y avait qu’une dizaine de personnes. Deux filles sont montées à une station et se sont assises. Un mec s’est mis derrière elles. Il n’arrêtait pas de leur parler et de leur demander leur numéro de téléphone. Les filles montraient qu’elles n’étaient pas intéressées et ne répondaient pas, mais il n’arrêtait pas de taper sur leur épaule en insistant. Quand les filles se sont levées pour descendre à une station, il a commencé à leur dire des choses pas bien comme « tu es juste une pute »… Une des filles s’est révoltée et a protesté : « laisse-nous tranquille ! » Le mec n’a pas accepté que la fille crie et s’est mis à la frapper. Moi, quand j’ai vu ça, j’ai réagi et je suis intervenu. « Pourquoi tu fais ça ? Elles ne voulaient pas parler avec toi, ça y est c’est bon ! » Tu peux demander l’heure à quelqu’un ou à quelle station on est, c’est des questions normales ça ! Mais pourquoi devraient-elles donner leur numéro à des gens qu’elles ne connaissent pas ? Comme si parler avec eux était une obligation…

Les filles sont descendues, moi je suis resté dans le bus. Il n’y avait plus que deux mecs et le chauffeur. Ils se sont arrêtés et se sont mis à me frapper en me traitant de maquereau, puis d’homosexuel. « Puisque tu les défends, tu n’es pas vraiment un homme. Tu n’as pas de pénis. » Ils se sont mis à trois sur moi pour me mettre des coups de pied et des coups de poing.

Quand je suis descendu au terminus, mes camarades de la faculté de philosophie ont vu ce qu’ils m’avaient fait, et se sont jetés à leur tour sur le chauffeur tandis que d’autres caillassaient le bus. Moi j’essayais de les arrêter, mais ils étaient révoltés par ce qui m’était arrivé, et n’acceptaient pas qu’on puisse faire ça à quelqu’un qui avait pris la défense de deux filles qui se faisaient agresser. C’était très fort.

Je voudrais dire qu’une fille a le droit de prendre le bus comme tout le monde. L’espace public appartient autant aux femmes qu’aux hommes.