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France

Laura

« Les étudiant.e.s en écoles de commerce n’ont pas conscience des inégalités »

J’ai créé une association dans mon école de commerce, en rapport avec les inégalités hommes-femmes. Et je me suis vite rendue compte qu’il était très difficile aujourd’hui de sensibiliser les étudiants d’un très haut niveau, dans une grande école, au problème de l’égalité des sexes.

Très souvent, ils considèrent que c’est un problème qui n’en n’était pas un, que c’est réglé et qu’il n’y a plus de problème à ce niveau-là, ou que les rôles traditionnels hommes-femmes ne doivent tout simplement pas changer. Ils n’ont donc pas conscience des inégalités. Pour les toucher, il faut donc leur montrer ce qui les concerne concrètement. J’ai invité des personnes à parler, qui travaillent dans les entreprises dont ils rêvent, et qui ont été directement confrontés aux inégalités hommes-femmes. Ils ont alors pu voir que dans les grandes entreprises où ils espéraient travailler, il y avait plusieurs problèmes. Tout d’abord, y a très peu de femmes aux postes dirigeants. Il y a une parité dans le recrutement, mais dès qu’on regarde au niveau le plus élevé, au sein du comité exécutif par exemple, il n’y a plus de femmes. Ou alors une seule, et ça s’arrête à peu près là. Et que des gens puissent expliquer concrètement comment ça se passe sur la base de leur vécu, ça peut ouvrir les yeux aux étudiants qui n’en n’ont pas encore conscience et qui s’en fichent un peu pour l’instant.

J’avais parlé avec une consultante de chez Oliver Weman, un cabinet de conseil. Elle m’avait dit que ce qui la marquait le plus au quotidien, c’était le manque de confiance en soi dont souffraient de nombreuses femmes. Elle expliquait que beaucoup de femmes osaient moins se mettre en avant ou demander une promotion. Elles se vendent moins, parce qu’elles croient tout simplement moins à leur possibilités d’évolution. C’est du conditionnement. Moi je pense que c’est un vrai tabou dont il faut parler. Parce qu’on aura toujours des gens qui vont nous dire : « on ne peut pas se plaindre que les femmes ne soient pas un haut niveau, elles n’ont qu’à se bouger, c’est la méritocratie ! » Et ce n’est pas totalement faux, mais ont-elles conscience de se mettre en retrait ? Non, puisqu’elles ont été éduquées de cette manière-là : obéir plutôt qu’être dans l’initiative. La pression liée à la possibilité de fonder une famille freine aussi les femmes dans leur carrière. Une phrase de Sheryl Sandberg, femme d’affaires américaine directrice des opérations chez Facebook, m’a beaucoup marquée. « Don’t leave before you leave. » C’est à dire : ne soyez pas partie avant de partir. Parce que quand on est une femme, qu’on est dans un environnement business et qu’on aimerait avoir un jour des enfants, on a tendance à se mettre en retrait en avance, avant même d’avoir réellement prévu d’avoir un enfant. Et du coup, on va inconsciemment ralentir notre carrière. Jusqu’au moment où vous quittez votre travail pour votre congé maternité, soyez dans la course ! Tout cela doit s’associer avec du nouveau du côté des hommes aussi, comme une parentalité beaucoup plus partagée. Pour ne pas être partie avant de partir, il faut pouvoir ne pas prévoir l’arrivée du bébé seule. Ça implique donc un soutien du partenaire beaucoup plus important que dans les générations précédentes.

Et moi, j’ai l’impression que si les femmes sont désormais égales en droit et qu’elles ont eu accès au monde du travail mais que les hommes aient fait autant de chemin dans ce sens. Parce que pour eux, ce qui est le plus socialement valorisé, c’est le travail, pas la famille ou le développement personnel. Et du coup, il y a une sorte d’inégalité puisque les hommes ont l’impression qu’elles gagnent du terrain sur eux, « qu’elles leur piquent leur place »…Mais il n’empêche qu’elles continuent à gérer ce qui concerne la famille ou les tâches ménagères.

Pour réussir, ces étudiant.e.s doivent comprendre qu’il ne faut pas se mettre dans un rôle de femme ou d’un homme. Et être conscient des obstacles qui s’amènent à nous et être capable d’être solidaire. Il faut donc que les hommes réalisent que l’égalité hommes-femmes dépend aussi beaucoup d’eux. On ne peut pas dire que c’est une affaire de femmes, c’est une affaire d’humains. Il faut qu’on dise que c’est un vrai problème. Moi, je suis fière de dire que je défends l’égalité hommes-femmes. Je pense que ça pourrait changer les mentalités et faire évoluer enfin les choses.