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Maroc

Mala

 « Le piment n’empêche pas les bouches de parler »

Quand j’étais enfant, je bougeais et dansais innocemment sans savoir ce que je faisais. Ma mère m’interrompait parfois, agacée. J’étais le seul garçon qui n’avait pas les cheveux coupés et je jouais avec les filles.  Bref, je n’étais pas le garçon idéal pour la société marocaine.

Un jour, elle a décidé de prendre les choses en main pour que j’arrêter de me comporter « comme une fille ». Elle a pris du piment et elle m’en a mis plein sur la langue. Ouaaaaah ! C’était horrible ! Elle m’a dit : « Il ne faut pas être comme une fille, tu es un homme ». Et moi je ne savais même pas ce que c’était de se comporter en homme ! Et elle m’a vraiment secoué pour me dire : « fais attention, on vit dans une société où il faut être viril ».

Notre société ne supporte pas la différence. Si tu n’agis pas comme tout le monde, on te limite. Ma mère a pourtant vécu une vie de discrimination et d’oppression. Mais elle reproduit… et elle n’a pas eu la chance d’aller à l’école comme moi. Se libérer de tout ça et être indépendante d’un homme est une idée qui ne lui traverserait même pas l’esprit… Beaucoup de gens vivent ce rôle théâtral sans même s’en rendre compte et ne sont jamais vraiment eux-mêmes. Ils sont toujours dans le rôle d’un homme qui a une cravate, ou une djellaba, et d’une femme à la maison qui dépend de l’homme.

Mais le piment n’empêche pas les bouches de parler.

Et dans mon cas, il ne m’a pas empêché de devenir ce que je suis : moi-même. Toute cette pression que j’ai vécu en société m’a aidé à arrêter de jouer les rôles masculins qu’on m’imposait. Aujourd’hui je vis seul en ville, je milite pour les droits LGBT, entouré de personnes qui acceptent mon homosexualité et ont les même convictions.

Et même si ce n’est pas simple tous les jours, je suis fier d’être parvenu à sortir de cette boite.