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Maroc

Khadija

« A 75 ans, je ne pardonne toujours pas à mon père de m’avoir traitée comme un animal »

Mon père a gâché ma vie en la décidant pour moi.

Petite, il a interdit à ma mère de m’emmener à l’école. J’ai donc passé toute mon enfance à la maison à attendre et à regarder mes frères aller à l’école. Pourtant nous n’étions pas à la campagne mais à Salé, en banlieue de Rabat, la capitale.

Mon père a ensuite décidé de me marier à 13 ans. Il m’a vendue comme du bétail. Lorsque je suis tombée enceinte à 14 ans, j’étais encore une enfant. Je ne savais pas ce qu’il m’arrivait, et je voulais juste jouer avec les autres jeunes de mon âge. Mais je n’ai pas eu le choix. Je n’ai jamais compris pourquoi mes parents ont pris cette décision.

Ce mariage a ruiné ma vie : mon mari est mort juste quelques années après, et je me suis retrouvée veuve très jeune, avec de jeunes enfants, sans être capable de quoi que ce soit. Je ne savais rien faire, je n’avais jamais pu sortir de la maison et je ne savais ni lire ni écrire. Je me suis sentie comme un animal, à devoir rester à la maison toute ma vie sans jamais pouvoir décider de mon destin (elle pleure). Je ne comprends même pas certains programmes en arabe à la télévision !

Les parents qui marient leurs filles jeunes ont tort et n’ont pas le droit de décider à leur place. Le droit d’étudier et de vivre mon enfance m’a été enlevé.

Et à 70 ans, je peux vous dire que je n’ai toujours pas pardonné à mon père ce qu’il m’a fait.