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Centre social de Clichy-sous-Bois

Joko

« Je ne comprends pas que des femmes puissent se nuire autant »

J’habite à Madrid et je suis en stage au centre social de Clichy-sous-Bois. Je suis d’origine nigériane et j’ai grandi en Espagne.

Quand je suis arrivée à Montfermeil, j’ai été surprise de tout ce que s’interdisaient certaines femmes, par peur des qu’en-dira-t-on ou des réactions des autres.

J’ai été choquée de voir que des femmes puissent s’interdire autant de choses en France. Ce n’est pas l’image que j’avais du pays.

Par exemple, je côtoie des filles qui ne portent pas le voile par conviction, mais pour ne pas se faire draguer, et pour qu’on leur « foute la paix ». Et ce que je constate aussi, et qui me choque le plus, c’est que ces nanas redoutent davantage le regard des autres femmes que celui des hommes.

Les femmes sont parfois bien plus sexistes que les hommes. C’est trop facile d’accuser uniquement les hommes de sexisme.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de harcèlement, d’agressions ou de viols. Je pense simplement que beaucoup de femmes mettent une pression énorme sur les autres femmes.

Quand mes amies rentrent chez elles, c’est souvent parce qu’elles ont une heure imposée par leur mère, pas par leur père. Et beaucoup de filles dans la cité redoutent la remarque d’une voisine, d’une cousine, ou même d’une inconnue sur sa tenue vestimentaire, son travail ou ses fréquentations. Et les ragots.

Je ne comprends pas que des femmes puissent se nuire autant.

Nous risquons de revenir en arrière si on continue. Je pense qu’il faut arrêter de se craindre et de se comparer à la voisine. Et davantage s’imposer.