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Etats-Unis

Christian

« Je préfère que ce soit un homme qui m’aide »

Je travaillais dans un magasin de bricolage et de camping. Un client est entré dans le magasin, et m’a dit, le plus naturellement du monde : « j’ai une question, mais je préfèrerais que ce soit un homme qui m’aide ». Et là vraiment, je n’ai pas su quoi répondre. J’étais surprise parce qu’habituellement, c’est plutôt le contraire : des personnes me testent en me posant des questions complexes pour savoir si je sais vraiment ce que je fais, parce que je suppose que pour eux, comme pour beaucoup de personnes, c’est encore une boutique « de mecs ». Moi je pense que faire du bricolage, du vélo ou de la pêche, c’est des loisirs qui s’adressent à tout le monde, et pas simplement aux hommes…

« Je n’arrive pas à imaginer que vous avez pu dire ça à voix haute », lui ai-je répondu. « Oh je ne veux pas être déplacé ». « Mais vous l’avez déjà été », ai-je essayé de lui expliquer. Bien, laissez tomber, je vais voir si je peux trouver quelqu’un capable de vous aider ». Je suis donc allée voir mon manager, car c’était le seul homme qui travaillait au magasin ce jour-là. Quand je lui ai expliqué que j’avais un client qui pensait que seul un homme pouvait répondre à sa question, et que comme je n’étais pas un homme, j’avais besoin de lui, mon responsable était choqué.

Il a très bien réagi, en demandant froidement au client quel était ce problème que seul un homme pouvait résoudre. Et c’était la question la plus stupide du monde : « quelles chaussettes sont les meilleures pour la randonnée ? » Ce n’était même pas une question technique en fait ! (rires) « A leur place, je vous aurais mis dehors, a répondu mon manager (ce que j’aurais fait si j’avais eu le contrôle de ce magasin)… Mais je vais vous répondre ce que n’importe quelle femme aurait pu vous dire : voici les bonnes chaussettes monsieur ! » (rires) Le client a ignoré sa remarque et même insisté pour avoir des précisions sur une paire. « Je suis sûr que vous pourrez juger vous-même », lui a balancé mon manager pour bien le remettre à sa place, et lui montrer à quel point il était ridicule de penser des choses aussi sexistes. Et pire : de le dire à voix haute ! C’est assez dingue de voir des gens penser encore de manière aussi archaïque dans notre pays. J’étais très énervée, mais je me suis calmée en allant conseiller d’autres clients.

Je pense que tant qu’on ne remet pas ces machos à leur place, ils ne réalisent même pas ce qu’ils disent de mal. Tous les gens qui m’entourent sont géniaux, respectent la parité, et ne me parlent pas comme ça, donc quand je rencontre ce genre de personnes qui font partie du reste du monde, je suis surprise de voir qu’on puisse encore penser comme ça, sans réaliser que c’est illogique et injuste… Je suis chanceuse d’avoir eu des hommes autour de moi qui se battait pour les droits des femmes, mais je constate qu’il y a encore un gros travail de fond à faire aux États-Unis sur la question. Je pense qu’il faut tout simplement communiquer davantage et expliquer aux machos qu’ils ont tort, ce que leur entourage ne leur a probablement jamais dit.

Il ne faut pas sous-estimer le sexisme aux États-Unis en disant que les femmes vivent aujourd’hui aussi facilement que les hommes, c’est faux. Quand j’entre dans une pièce, je ne pense pas qu’on me regarde comme on regarderait un homme. Un homme n’a pas à se demander s’il peut porter tel vêtement ou passer dans cette rue sans se faire agresser. Notre quotidien peut vite devenir insupportable ici aussi.