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France

Agathe

« Si tu me cherches, tu vas me trouver ! »

A partir du moment où j’ai commencé à me déplacer seule dans l’espace public, sans mes parents, pour aller au collège par exemple, j’ai été confrontée à certains comportements déplacés de la part d’individus de sexe masculin. Ils me faisaient des réflexions sur la façon dont j’étais habillée, ou sur le simple fait que j’étais une femme ou une femme en devenir…A l’époque, je baissais les yeux et je voulais devenir transparente. J’étais très intimidée par ce genre de commentaires déplacés. Il y avait quelque chose de l’ordre de l’intimidation quand ils me sifflaient, ou me faisaient des propositions indécentes. Un peu comme un chien qui ne te lâche pas quand il sent que tu as peur. Ces types profitent du fait qu’à cet âge-là, ces commentaires te rabaissent et te montrent que tu ne sais ou que tu ne peux pas gérer la situation.

Mes réactions ont beaucoup évolué depuis. Notamment parce qu’aujourd’hui, je sais qui je suis et ce que je suis. Je sais que ce n’est pas normal et qu’il faut réagir. Et je me rends compte que ces réflexions dégueulasses peuvent engendrer des réponses très violentes de ma part. Je crois que ce sont les seules situations de la vie où je pourrais en arriver à de la violence physique. Et ça ne me ressemble pas du tout, mais je crois que je n’arrive à plus me contenir face à l’accumulation de remarques abjectes au quotidien. Il y a quelques jours par exemple : il était 9h43, je sortais du métro pour aller à mon travail dans un quartier très chic de l’ouest parisien. Et là, dans une petite rue commerçante, un petit monsieur, l’air bien sous tous rapports, me double et me glisse quasiment à l’oreille : « alors, on est en chaleur aujourd’hui ? » Et là je me suis retournée, et j’ai crié « Espèce de vieux dégueulasse, va te faire soigner ». Suffisamment fort pour que toutes les personnes sur le trottoir entendent. Bien évidemment, les gens se sont retournés et m’ont regardée comme si c’était moi la folle.

Pendant longtemps, ça m’a démangé de dire des choses encore plus vulgaires à ces types pour renverser le rapport de force. Qu’est-ce qu’il fait, si je lui dis : « Eh ben écoute, j’avais justement envie de te tailler une pipe, on y va ? » Mais quand on réagit agressivement, on passe un peu pour la foldingue de service qui se met à hurler dans la rue. Et ce qui est gênant, c’est que les gens l’entendent et le voient, mais qu’il y a peu de réactions d’entraide. On est souvent très seule par rapport à ça. La seule fois où quelqu’un a réagi, c’est quand j’ai dit à un mec qui me regardait de façon très insistante dans le métro : « La façon dont vous me regardez me met très mal à l’aise ». C’était assez neutre, et la personne à côté de moi est intervenue pour lui demander de changer de place. C’est la seule fois où j’ai senti que mon problème concernait aussi un peu les autres et c’est dommage qu’on ne soit pas plus solidaires les un(e)s envers les autres.