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France

Antonin

« C’est aux hommes d’arrêter de déconner »

Beaucoup de gens ne dénoncent pas le machisme. Et quand j’en parle, je me sens moins légitime parce que je suis un homme. Parfois, quand j’en parle à certaines personnes, hommes ou femmes, je sens que ça les gonfle, qu’ils préféreraient que je leur cause du dernier film qu’ils ont vu. Ça vaut aussi pour pas mal d’autres luttes. Dès qu’on parle de trucs engagés aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui trouvent ça chiant.

L’intériorisation de préjugés machistes, je la vois dans le comportement de 99 % des femmes à Paris. Ma voisine me disait l’autre jour qu’elle n’avait pas l’impression de se sentir harcelée ou embêtée dans la rue ou dans le métro. La première question que j’ai posé c’est déjà, « est-ce que tu souris dans le métro ? » Elle m’a bien sûr répondu non. Nous, les mecs, on ne se pose jamais la question. On peut sourire si on voit un truc drôle ou si quelqu’un nous regarde. Quand on est une femme, si c’est un homme qui regarde, il y a toujours une méfiance. Beaucoup de femmes ont peur que, si elles répondent à ce sourire, il y ait un après, qui ne soit pas nécessairement super agréable. De ce fait, elle ne sourit plus. C’est intégré. Ça va, plus généralement, avec le fait de toujours devoir être sur ses gardes dans les lieux publics. Son comportement est dicté par ce qu’elle a appris. Elle sait comment se comporter pour ne pas avoir de problème majeur, sauf en tombant sur des fous

La deuxième question, c’était : « combien de fois est-ce qu’un homme, jeune, bien portant, se sent ne serait-ce qu’un tout petit peu menacé physiquement, ou verbalement ? » Ça arrive peut-être quelques fois par mois, si vraiment on va chercher des tout petits moments de peur. Et je n’ai pas besoin d’être une femme pour savoir que, quand on est une femme, c’est quasi-permanent. Chaque fois qu’il y a un angle mort, qu’est-ce qu’il va y avoir derrière ? Il va falloir lever les yeux pour savoir si on ne met pas les pieds dans un endroit risqué. Parce qu’il y a un mec tout seul et parce qu’il n’y a personne d’autre autour. Quand on est une femme, on ne peut même pas le compter en nombre de fois par mois. C’est là qu’il y a pour moi une énorme différence.

Derrière, il y a une intériorisation du fait que le danger peut venir de partout. Les femmes se ferment, et à raison, parce qu’il y a un réel danger, qui n’est pas fantasmé. C’est un mécanisme de défense naturel. Et du coup, toutes les personnes bien intentionnées en pâtissent, de ces comportements. Les hommes vont avoir un peu des murs devant eux, alors qu’il pourrait y avoir des relations normales de personne à personne, d’humain à humain.

La seule solution à long terme, c’est que tous les hommes se tiennent à carreau, et pas par peur de la police ou de la loi, mais par réelle conviction et par respect. C’est aux hommes d’arrêter de déconner.