Description du projet

Voir tous les portraits

Maroc

Hind

 « Accepter de boire un café avec toi ne tautorise pas à coucher avec moi »

Je suis divorcée et j’élève ma jeune fille seule. Autant dire que ma vie est un combat quotidien !

L’histoire que j’ai choisie se passe au travail. Je suis professeure d’anglais dans un collège. Je n’ai pas de voiture et l’école où j’enseigne est loin de chez moi. Il y avait un collègue, professeur de maths, qui prenait chaque jour la même route que moi, en voiture. Un jour, il m’a proposé de me déposer. J’ai accepté, tout en sachant qu’au Maroc, pour pas mal de gens, une femme qui monte en voiture avec un homme ose déjà beaucoup trop. Mais c’était confortable et sympathique de discuter sur la route du retour, et il me déposait régulièrement.

•••

« Si tu acceptes un café ici, pour beaucoup d’hommes, cela sous-entend que tu acceptes tout le reste, « the whole package »

•••

A plusieurs reprises, il m’a invitée à boire un café. J’ai refusé, parce qu’à chaque fois j’étais pressée par le temps. Un jour, j’étais libre à l’heure du déjeuner et j’ai accepté en me disant qu’il fallait que je sois plus amicale et moins méfiante avec ce collègue. Grave erreur. Il a commencé à me faire des remarques gênantes, puis des avances au sein de l’école. Je lui ai demandé d’arrêter de me harceler et je ne lui adressais plus la parole.

Mais il a recommencé un jour devant mes élèves… et là, je me suis vraiment mise en colère. Je lui ai dit des mots très forts. Comment peut-on se permettre de faire ça à sa collègue devant une classe entière ? Il y avait beaucoup de monde autour de nous, et il a essayé de m’éloigner. Tout le monde a commencé à se poser des questions. Le directeur, qui était aussi là, n’a rien compris.

Dans son bureau, mon collègue a expliqué qu’il me raccompagnait chaque soir et que nous avions « même bu un café ensemble », sous-entendant que j’avais donc donné mon consentement pour une relation et que c’était son droit. Si tu acceptes un café ici, pour beaucoup d’hommes, cela sous-entend que tu acceptes tout le reste, « the whole package » comme je dis.

Au moment de m’expliquer à mon tour avec le directeur, je n’ai pas nié, au contraire : « oui, il me raccompagnait jusqu’à la station de taxis, et alors ? Nous avons bu une fois un café ensemble, et alors ? Cela ne signifie pas que je suis une dépravée ! » Mais le directeur n’arrivait pas à trancher.

Ma chance a été d’avoir eu de mon côté le CPE, un homme, qui a fini par le convaincre de sanctionner mon collègue. Il lui était interdit de m’approcher et même de rentrer dans la salle des professeurs.

Mais sans la parole d’un autre homme, je sais que je n’aurais jamais eu gain de cause.