Description du projet

TACHIRA MUTARI , dite « LA MAGAZIA ». Originaire de NABARI

J’habite au camp depuis 6 ans.

Avec mon mari, nous étions heureux et nous avions 6 enfants. C’est à sa mort que les ennuis ont commencé. Sa famille a refusé d’organiser les funérailles, et m’a demandé d’épouser son petit frère. J’ai catégoriquement refusé. Je n’ai pas pris son insistance au sérieux, mais un jour, il m’a menacé de me tuer si je n’acceptais pas. Je suis restée ferme, et je n’ai pas cédé. Il a alors acheté des herbes pour que mes mains gonflent. Cela a duré un mois. Puis il a raconté à mes enfants qu’il rêvait de moi, sous-entendant sous mon propre toit que j’étais une sorcière. Un de mes enfants a fini par affirmer qu’il avait aussi rêvé de moi. Mais ce n’est qu’un enfant, il répète ce qu’il entend, sans en connaitre les conséquences…

La famille de mon défunt mari m’a alors envoyée au chef de Nabari, mon village. Après cette accusation, et devant mes mains gonflées et meurtries,  ils m’ont enfermée pour me battre et m’ont menacée de me brûler vive.

Je n’avais qu’une solution : la fuite. Je suis partie le jour même, à pied, avec deux de mes enfants pour Gambaga. J’ai trouvé refuge dans ce camp. Après avoir conté mon histoire au Gambarana (le chef du camp assurant leur protection, voir article *) il m’a envoyée à l’hôpital pour soigner mes mains. Le chef m’a annoncé que je pouvais repartir sereine au village, mais je savais que je serais rejetée. Je lui ai expliqué, et le Gambarana a compris que je ne pourrais plus jamais revenir chez moi, que je ne reverrais jamais mes quatre autres enfants, sinon ils me tueraient, et les tueraient sans doute aussi avec. Je ne sais pas où ils sont aujourd’hui, ni ce qu’ils deviennent. Mes deux autres enfants sont près de moi, au camp.

Au camp, j’ai désormais le statut de Magazia, un titre attribué par le chef du camp me faisant en quelque sorte la porte-parole des femmes ici présentes. Je suis responsable du groupe, et transmets les messages et doléances au chef. Les malades viennent me voir, les femmes me racontent leurs histoires et j’explique au chef comment elles ont été accusées. Certaines, à force d’être accusées, finissent par croire aux sorcières et à se persuader qu’elle en font partie. Moi, je ne crois pas que les sorcières existent. Je crois au diable. L’enfant qui m’a accusée est toujours en vie aujourd’hui, serait-ce possible si j’étais réellement une sorcière ?