Extrait de l’épisode 20, à écouter ci-dessous :

Jeudi 18 Décembre 1919

Jean Perzot s’est décidé à venir me voir hier, après m’avoir attendu en vain dimanche.
Il me fait une cours suivie, et cela m’amuse. Des mots d’amour lui brûlent les lèvres, puis, il n’ose pas les prononcer. Cependant, il me fait comprendre assez clairement son amour.

« Que faites-vous à Bédée, vous devez vous amuser, lui dis-je
– M’amuser !…si encore vous étiez là, je comprends, mais…
– Mais quoi ? Vous n’allez pas me faire croire que vous n’avez pas une petite Miss pour vous divertir par là.
– Je vous jure Madeleine que je n’ai personne. Du reste, je songe à me marier.
– A vous marier ! Avec qui ? Dites, dites -moi vite…
– Non, je ne vous le dirai pas.
– Pourquoi méchant ! Est-elle grande ou petite ?
– Moyenne.
– Châtain, brune, blonde ou rousse ?
– Châtain.
– Yeux bleus ou noirs ?
– Bleus.
– C’est drôle, je ne vois pas du tout, du tout qui est ce (je le voyais trop bien)
Je repris avec un sourire.
Vous m’invitez à votre noce au moins?
– Oh non ! J’aurais trop gros cœur !
– Pourquoi?
– Si celle que j’aime ne m’aime pas…
– Oui en effet, vous êtes à plaindre, dis-je avec un air contrit. Un long silence, puis il reprit.
M’étant engagé, je vais bientôt être démobilisé. et j’aurai aussitôt une bonne situation. Je gagnerai telle et telle somme par an (je ne me souviens plus le chiffre exact) aussi j’ai résolu de me marier pour en faire profiter ma femme. Puisque je serai riche, autant le partager avec une compagne aimée.
– Et qu’exigerez-vous de votre femme, qu’elle vous raccommode vos chaussettes, qu’elle vous fasse votre popote..?